Parkinson, Recherche

Percée montréalaise dans la recherche sur la maladie de Parkinson

27 juin 2016

Des chercheurs montréalais viennent d’effectuer une avancée importante dans la compréhension de la maladie de Parkinson en étudiant des cellules du système immunitaire, les lymphocytes. En effet, les résultats obtenus proposent que le Parkinson pourrait être une affectation auto-immune du système neuronal, explique Michel Desjardins, professeur et chercheur au département de pathologie et biologie cellulaire de l’Université de Montréal. Le Dr Desjardins, qui est l’auteur principal de l’étude publiée dans la très prestigieuse revue Cell, a notamment travaillé avec la Dre Diana Matheoud, une chercheure postdoctorale, et la Dre Heidi McBride, de l’Université McGill. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles recherches sur la compréhension de la maladie et sur l’identification de nouveaux médicaments.

La maladie de Parkinson est causée par la mort des neurones dopaminergiques, responsables du mouvement. Dans certains cas, cette mort cellulaire est due au mauvais fonctionnement de l’un ou l’autre des deux gènes PINK1 et Parkin. Selon les travaux de l’équipe de l’Université de Montréal, la destruction des neurones dopaminergiques pourrait être causée par une hyperactivité du système immunitaire due au dysfonctionnement de ces gènes.

La forme génétique de la maladie de Parkinson (forme dont est atteint l’acteur Michael J. Fox) ne représente que 10% des cas. Parmi les gènes associés, on retrouve PINK1 et Parkin, mais également LRRK2, DJ-1 et alpha-synucléine.

Actuellement, la théorie veut que le mauvais fonctionnement de PINK1 et Parkin empêche les neurones de se débarrasser de mitochondries dysfonctionnelles et toxiques. Les mitochondries sont les centrales énergétiques des cellules. Les neurones finissent par mourir parce qu’ils ont un excès de mitochondries dégradées toxiques, qui sont normalement éliminées par un processus appelé « mitophagie ».

Or, les chercheurs montréalais ont découvert, en étudiant les cellules du système immunitaire, qu’en l’absence des gènes PINK1 ou Parkin, certaines portions de  mitochondries migrent sous forme de vésicules vers la surface de la cellule. Ces vésicules mitochondriales sont perçues comme étrangères par le système immunitaire et les cellules sont alors détruites. Si ce phénomène se produit également au niveau des neurones dopaminergiques du cerveau, cela ferait du Parkinson une maladie qui serait en partie « auto-immune », comme le sont la sclérose en plaques, le diabète de type 1, la polyarthrite rhumatoïde et le lupus. Les mitochondries proviennent originellement de bactéries, il est donc normal que le système immunitaire les considère comme étrangères, selon le Dr Desjardins.

QUELS SONT LES ESPOIRS?

Il faudra compter encore environ 1 à 2 années de recherche pour pouvoir confirmer si la réaction auto-immune se produit également dans le cerveau, au niveau des neurones. Mais les chercheurs ont bon espoir.

L’équipe des Drs Desjardins et Matheoud a même décidé de poursuivre ses recherches et de ne pas attendre l’industrie pharmaceutique pour trouver un traitement qui va en ce sens. « Nous testons actuellement 100 000 molécules pour voir si elles pourraient interférer avec la création de ces vésicules et nous avons trouvé quelques candidats intéressants », dit le Dr Desjardins.

Dans les deux ou trois prochaines années, l’équipe devrait avoir terminé le criblage de ces molécules et pouvoir commencer des essais précliniques sur modèles animaux. Certaines de ces molécules sont même déjà approuvées pour l’utilisation chez l’être humain. « Ce qui est intéressant, c’est qu’un médicament appelé TGF bêta, qui a un effet neuroprotecteur et est utilisé pour le Parkinson sans qu’on sache comment il fonctionne, a un effet modulateur sur le système immunitaire. Nous sommes en train de vérifier s’il peut empêcher la formation des vésicules. »

Merci au Pr Louis-Éric Trudeau, Ph.D., de l’Université de Montréal, pour la relecture de cet article.

Sources:

Visitez notre >> Centre info Parkinson